A. D. Justice – Steele Sécurité, Tome 1-2-3

De nos jours Des perles de sueur brillaient à la lumière du soleil levant et ruisselaient le long de son front, depuis la naissance de ses cheveux, avant d’aller se perdre dans son cou. Elle balayait les alentours du regard en permanence, pleinement consciente de son environnement. Sa respiration rythmée s’accordait aux battements de ses pieds alors qu’elle courait sur ce chemin si familier. Elle portait des écouteurs à ses oreilles et un iPod à son bras, mais n’écoutait que très rarement de la musique. Elle avait découvert que les gens ne tentaient généralement pas d’engager la conversation lorsqu’ils pensaient qu’elle écoutait de la musique. C’était devenu sa tactique de diversion afin d’éviter les inconnus : donner l’impression d’être immergée dans son propre monde, tout en préservant sa capacité à évaluer rapidement les éventuels problèmes. Elle courait tous les jours, sans tenir compte de la météo, mais pas pour les mêmes raisons que la plupart des gens. Elle ne cherchait pas la reconnaissance et la satisfaction que certains ressentent à courir des marathons. Les campagnes caritatives ou de prévention santé lui importaient peu. Elle faisait attention à sa santé, mais elle savait surtout, mieux que quiconque, qu’elle avait besoin d’atteindre ses limites chaque jour. La course à pied était devenue son addiction et le seul moyen qu’elle avait trouvés pour gérer la douleur qu’elle ressentait au fond d’elle. Elle poussait son corps et le punissait à coups d’exercice pour essayer de tenir au loin ses pensées dépressives. Mais sa punition ne pouvait pas durer éternellement. Elle ne pouvait pas passer son temps à courir du soir au matin, mais elle se donnait à fond quand elle le pouvait. Boulder, Colorado, présentait normalement une météo agréable avec des températures douces et beaucoup de soleil au début du mois de mai, mais, ce matin-là, la façon dont les nuages noirs s’accumulaient semblait annoncer une tempête.


Elle fixa l’horizon tout en essayant de contrôler son niveau d’anxiété. L’orage qui approchait semblait contenir un avertissement, que les émotions qui la bombardaient de toutes parts semblaient confirmer. Ses pensées la menèrent à l’endroit qu’elle considérait comme sa maison et elle se dit : — Bon sang, la Floride me manque, tout en continuant à battre le pavé sans s’arrêter. Les orages n’avaient rien de nouveau pour elle vu qu’elle avait grandi à Atlanta puis déménagé plus tard à Miami. En fait, elle aimait les orages : le grondement du tonnerre, les éclairs saisissants, le bruit de la pluie et la puissance de l’ensemble. Il lui avait fallu une certaine période d’acclimatation à la météo plus fraîche du printemps dans le Colorado et elle était toujours loin d’en raffoler. Elle aimait la plage, l’eau et la chaleur. Après trois années passées dans cet état sans côte, elle savait que c’était une période suffisante pour rendre n’importe qui fou. L’hiver était totalement déprimant. Les hivers à Miami étaient doux pour ne pas dire plus et il ne neigeait jamais. Mais à Boulder, la neige était bien présente tout l’hiver et recouvrait tout le paysage d’un manteau blanc sans couleur. Elle s’était récemment décidée à apprendre à skier dans un effort pour apprécier la météo hivernale. Elle savait que son dégoût venait principalement du fait qu’elle avait le mal de du pays, et qu’elle n’avait jamais vraiment laissé sa chance à cette ville. Elle avait ressenti un certain malaise ces derniers jours, mais ne parvenait pas à isoler un incident spécifique qui aurait pu le provoquer. Elle savait juste qu’elle devait se fier à son instinct.

Il ne lui avait pas fait défaut dans le passé. Alors qu’elle poursuivait sa course sur le chemin, elle sentit les cheveux se dresser dans sa nuque, la plaçant immédiatement en état d’alerte. Elle savait que quelqu’un l’épiait. Elle balaya ses alentours du regard très lentement, en essayant de sembler aussi nonchalante que possible. Elle ne vit que d’autres coureurs et des familles profitant du beau temps sur les zones d’herbe. Mais aucun méchant en train de l’épier ouvertement. — Ce n’est pas comme s’ils avaient l’habitude de se promener avec une pancarte autour du cou non plus, se dit-elle d’un ton sarcastique. Elle avait vécu trop de choses au cours de ses vingt-sept ans pour écarter ce sentiment. Quelque chose clochait, même si elle ne savait pas encore de quoi il en retournait. Elle poursuivit sa course, désireuse de terminer avant que la pluie ne se mette à tomber. Elle fit la liste de toutes les courses qu’elle avait à faire et des factures qu’elle devait régler, mais elle continua de balayer ses environs du regard sur tout son chemin. Elle fit demi-tour sur le chemin et se mit en route vers chez elle. Lorsque ses pensées commençaient à s’accumuler dans sa tête, comme c’était le cas à présent, elle poussait son corps encore plus durement. Elle accéléra le pas tout en contrôlant sa respiration. Elle poursuivit jusqu’à la fin du chemin, puis traversa la rue pour poursuivre sur le trottoir sans ralentir jusqu’à atteindre sa maison.

— Ma maison, ce n’est pas maison. Je ne pourrai jamais retrouver ma maison, se dit-elle. Elle parcourut la courte distance de son allée, entre le trottoir et sa porte d’entrée. Sa voisine, Mme Elizabeth Stanton, l’interpella pour attirer son attention, comme elle le faisait chaque matin. Elle savait que cette femme âgée devait probablement se sentir seule et n’avait que rarement de la visite. Son mari était décédé d’une crise cardiaque plusieurs années plus tôt. Elle avait des enfants adultes et des petits-enfants, mais ils étaient tous pris par leurs vies. Ils ne prenaient pas souvent le temps de lui rendre visite. D’une soixantaine d’années, Mme Stanton avait toujours le look et les agissements d’une femme de quarante ans. Elle était l’image même de l’audace et de l’appétit de vivre. — Bonjour Kris ! Je vois que vous êtes encore allée courir ! Mme Stanton avait toujours une façon de parler amicale, sans jamais se montrer envahissante ou curieuse. — Oui ! Je crois qu’il ne va pas tarder à pleuvoir et vous m’avez déjà souvent mise en garde contre le fait de courir sous la pluie ! Peu importe le temps qu’elle pourrait passer ici, elle savait qu’elle ne se débarrasserait jamais de son accent traînant typique du sud. Son accent était évident pour tout le monde, mais jusqu’ici personne n’avait réellement cherché à savoir pourquoi elle avait déménagé ici. Elle appréciait réellement Mme Stanton et avait souhaité plus d’une fois l’avoir connue dans d’autres circonstances. — Je suis contente de voir que quelqu’un m’écoute, répondit-elle du ton rieur dont elle ne se départait jamais.

Kris se pencha pour ramasser le journal du matin dans l’allée alors que Mme Stanton continuait de lui dire à quel point elle espérait une averse pour arroser les fleurs et les arbustes qu’elle venait de planter. Elle lui dressait la liste des fleurs fraîchement plantées alors que Kris retirait distraitement l’élastique entourant le journal et le dépliait. Elle sourit et hocha la tête en direction de Mme Stanton, essayant de suivre tous les noms qu’elle lui débitait, lorsqu’elle jeta un œil aux gros titres et à la photo qui la fixait. Oh. Mon. Dieu. C’est lui ! C’est impossible ! Richard Hollingsworth. Kris essaya de se reprendre rapidement alors que son cœur battait si fort qu’elle était prête à parier que Mme Stanton pouvait l’entendre. Elle percevait à peine les bavardages de Mme Stanton à travers le grondement de son sang et de son pouls dans ses oreilles. Son regard allait et venait dans tous les sens pour essayer de localiser la source de son anxiété. Le sentiment qu’elle avait eu quelques minutes plus tôt de quelqu’un qui l’observait lui revint à l’esprit. Elle savait qu’on l’avait trouvée. Mme Stanton arrêta d’un coup de parler de ses fleurs et s’exclama. — Kris ! Vous allez bien ? Respire ! ordonna-t-elle mentalement à son corps. — Oui, oui.

Je me sens juste un peu nauséeuse d’un coup. Je crois qu’il faut que je mange quelque chose et que je m’allonge. Désolée de faire vite. Avec un regard inquiet, Mme Stanton lui proposa quelque chose à manger, mais Kris refusa poliment et s’excusa. Mme Stanton promit de venir voir comment elle allait plus tard. Kris entra dans sa maison en refermant la porte le plus doucement possible en laissant la porte d’entrée déverrouillée au cas où elle devrait sortir rapidement. Directement face à la porte se trouvaient les escaliers menant à l’étage. Le rez-de-chaussée était un grand espace ouvert, un bar et des tabourets permettant de délimiter la cuisine du salon. Sur la droite, juste derrière les escaliers, un petit couloir menait à la chambre principale et à une salle de bain. Il y avait deux autres chambres et une salle de bain à l’étage. Elle se déplaça silencieusement dans chaque pièce, contrôlant par la pensée que tout était à sa place. Elle se tourna vers le couloir menant sous les escaliers. C’était un espace toujours sombre, quelle que soit l’heure de la journée. Elle maudit en silence le constructeur qui avait conçu la maison de la sorte. Elle s’approcha et alluma avant d’entrer lentement dans sa chambre.

Lorsqu’elle alluma dans sa chambre, elle découvrit une feuille posée sur son oreiller. Elle balaya rapidement la pièce du regard pour s’assurer qu’elle était seule. Elle se sentait étourdie en vérifiant sous son lit et dans le placard. Elle ne savait pas comment elle aurait pu réagir si quelqu’un s’était réellement caché là. Elle était au bord de la crise de nerfs en prenant la feuille. Il n’y avait qu’un seul mot d’écrit dessus : « Brianna. » Son cœur manqua un battement et elle cessa de respirer. Elle termina ses fouilles de la maison avec un couteau de cuisine à la main. Elle se dit que si un homme voulait lui faire du mal, il pourrait le faire malgré le couteau, mais cela la faisait se sentir mieux de l’avoir en main. Quand elle fut sûre d’être seule chez elle, elle verrouilla rapidement la porte d’entrée et attrapa son téléphone portable. Elle fit défiler ses contacts jusqu’au nom qu’elle cherchait et lança l’appel. À la deuxième sonnerie, elle entendit une voix familière. — Stevens. — C’est quoi ce bordel Stevens ? Nul besoin de se présenter. Après avoir lu les gros titres en première page du journal et trouvé cette note dans sa chambre, elle se dit qu’elle n’avait pas à se montrer plaisante.

— Nous évaluons encore la situation. — Évaluer la situation ? C’est un discours du gouvernement qui veut dire « on a merdé et on ne sait pas comment l’expliquer ! » Est-ce que vous avez la moindre idée de ce que cela veut dire ? Elle savait que le fait de crier ou pleurer comme, eh bien, une fille ne la mènerait nulle part avec un US Marshal aguerri. Alors elle se servit de sa colère pour garder un ton grave et sérieux. Elle grognait presque sur cet homme. Elle fixait l’homme dont la photo s’étalait en première page et dont tout le monde pensait qu’il était mort sauf elle. Cet homme était la raison pour laquelle elle avait rejoint le programme de protection des témoins et laissée toute sa vie derrière elle trois ans plus tôt. C’était une très mauvaise personne, avec une excellente réputation, qui avait tout fait pour cacher ses malversations. Des malversations qu’elle avait découvertes en tant que reporter d’investigation, mais n’avait jamais partagées avec les médias. Peu de personnes savaient qu’elle avait découvert ses transactions illégales, mais il en faisait partie. Et il se trouvait là, vivant et en bonne santé, et surtout… chez lui. Chez lui… — Écoutez, je comprends ce que vous devez ressentir. Il prétend qu’il a été enlevé juste avant d’arriver à l’aéroport ce jour-là. Il dit qu’il a été retenu prisonnier pendant les trois dernières années et qu’il a enfin réussi à échapper à ses ravisseurs. C’est peut-être la vérité ou un mensonge. J’enquête sur son histoire.

Restez tranquille jusqu’à ce que je comprenne ce qu’il se passe. Elle avait déjà lu la même histoire dans le journal. Il ne lui disait rien de plus que ce que pouvait savoir n’importe quelle personne dans ce pays. Sa colère menaçait d’exploser, alors elle contrôla sa voix, mais laissa sa colère s’échapper. — Vous n’avez pas la moindre idée de ce qu’il se passe ! Réfléchissez-y Stevens. Regardez-le ! Tout d’abord, est-ce que ses ravisseurs lui ont taillé la barbe et coupé les cheveux ? Vous ne pensez pas qu’ils devraient être un peu plus longs s’il a vraiment été prisonnier pendant trois ans ? Ensuite, est-ce que vous trouvez qu’il est amaigri vous ? Alors quoi ? Ses ravisseurs n’avaient plus de filet mignon et de caviar, alors il a dû survivre avec seulement du faux-filet ? Et puis, regardez son apparence générale. Même Tom Hanks était plus sale que lui dans Seul au monde, après avoir soidisant passé trois ans comme captif dans un pays du tiers monde ! Prenant une profonde inspiration, elle poursuivit. — Enfin, elle parvint à peine à formuler cette partie, pensez-vous réellement qu’il réapparaîtrait comme par magie s’il ne savait pas déjà exactement où je me trouve. — Restez tranquille jusqu’à ce que vous ayez de mes nouvelles. Son ton était dénué d’émotion : aucune inquiétude, aucune surprise et aucune intention de lui venir en aide. — Stevens, il y avait un message sur mon lit quand je suis rentrée. Et il y a mon vrai nom dessus. Stevens avait essayé d’apaiser ses craintes, mais il avait finalement admis que la situation pouvait être dangereuse et que la manière dont tout cela était présenté était très suspecte. Il ne voulait pas qu’elle se conduise de manière imprudente, susceptible d’attirer l’attention. Elle savait que son sentiment d’être épiée vu plus tôt n’était pas une coïncidence.

Elle ne croyait pas aux coïncidences de toute façon. La note avait été déposée pendant qu’elle courait. Donc la personne qui l’avait mise là l’avait surveillée, avait attendu qu’elle quitte sa maison, puis s’était glissée chez elle sans être vue. Un professionnel. Après avoir raccroché avec Stevens, elle se doucha et s’habilla rapidement. Elle prépara un sac à dos avec suffisamment de vêtements et d’affaires de toilette pour plusieurs jours. Elle ouvrit une petite trappe dans le parquet et en sortit un petit coffre ignifugé qu’elle avait caché là trois ans plus tôt. Il renfermait son autre identité, avec un permis de conduire, un acte de naissance, un passeport, des cartes de crédit et du liquide. Elle avait préparé sa cachette il y a longtemps dans l’éventualité où son identité serait compromise et qu’elle doive s’enfuir rapidement. Dans le fond de son dressing, elle sortit le petit sac de voyage qui contenait le reste de sa nouvelle identité : un filet pour cheveux, une perruque, de l’adhésif, un crayon noir pour les sourcils et des lentilles colorées. Elle regroupa ses longs cheveux blonds sur le dessus de sa tête, enfila le filet et rattrapa les quelques mèches qui s’échappaient avant de passer sa perruque noire. Après s’être assurée qu’elle était bien mise et avait l’air naturelle, elle appliqua l’adhésif à l’intérieur des bords pour la maintenir en place. Elle appliqua légèrement le crayon pour sourcils afin qu’ils soient de la même couleur que ses nouveaux cheveux courts. Les lentilles de contact marron recouvraient parfaitement ses yeux bleu clair. Elle appliqua ensuite soigneusement son maquillage, se servant de son eye-liner pour remodeler la forme de ses yeux.

Elle termina sa transformation avec un fard à paupières bordeaux foncé et de faux cils épais. Elle passa plusieurs minutes à s’observer dans le miroir. C’était encore le milieu de la matinée, un samedi, et la plupart de ses voisins s’activaient dans leur jardin. Elle se tint sur le côté de la fenêtre, observant chaque personne. Le bosquet à l’arrière de la lignée de maison de l’autre côté de sa rue était dense. Elle observa attentivement la ligne d’arbres, essayant de percevoir le moindre mouvement qui trahirait une présence en train de la surveiller. Ses pensées tourbillonnaient. Est-ce que quelqu’un ne semble pas à sa place ? Est-ce que quelqu’un se fait passer pour une autre personne, à part moi bien sûr ? Elle jeta un œil autour d’elle à sa maison et se rendit soudainement compte qu’elle ne contenait rien de personnel pouvant la relier à elle ou à ses proches. Elle avait dû tout laisser derrière elle trois longues années auparavant. En vérité, elle avait enregistré dans son esprit toutes les photos, les visages et les sourires. Elle pouvait entendre leurs rires et leurs voix. Elle pouvait sentir la chaleur de leurs embrassades et baisers. Toutes les personnes qu’elle aimait pensaient qu’elle était morte trois ans plus tôt dans un accident d’avion, avec Richard Hollingsworth. Seules trois personnes dans le monde savaient qu’elle n’était pas à bord de cet avion. Kristina Miller, son identité actuelle.

US Marshal Stevens. Et Richard Hollingsworth. — Ici Bosco. Elle est rentrée il y a un moment et n’a pas quitté sa maison depuis. Non, elle ne m’a pas vu. OK. L’homme, tout de noir vêtu, répondait brièvement dans le téléphone jetable. Il avait l’habitude d’attendre ses cibles et savait comment se rendre invisible quand il le fallait. Il avait remarqué qu’elle avait été soudainement alertée en rentrant de sa course à pied alors qu’elle était plus détendue en partant. Quelque chose en chemin l’avait effrayée. Il avait vu la panique la gagner lorsqu’elle avait ouvert le journal. Cela faisait maintenant plusieurs jours qu’il l’observait en dehors de chez elle et il savait qu’elle partait courir dans la même zone chaque jour, mais en changeant toujours de trajet. Elle variait ses habitudes d’un jour à l’autre afin de pouvoir remarquer si quelqu’un la suivait. Une fille maligne. Mais pas assez évidemment, ricana-t-il.

Elle n’avait pas vu qu’il l’observait depuis les bois dans le parc ou depuis son arbre dans le bosquet de l’autre côté de sa rue. Mais vu son comportement après sa course, il en avait conclu qu’elle savait que quelque chose n’allait pas. Après des années passées à observer les gens, à recueillir des renseignements les concernant et à les utiliser contre eux, il avait appris à sentir quand sa présence avait été détectée. Il perçut un léger mouvement des rideaux à une fenêtre de l’étage et sut qu’elle observait le bosquet. Peut-être que si elle avait levé un peu plus les yeux, elle aurait pu le voir. Mais pour le moment, il était plutôt en veine. Elle n’avait pas la moindre idée d’où il se trouvait et il était prêt à rester là aussi longtemps que nécessaire. Il avait connu des conditions bien pires que celles-ci, malgré la pluie menaçant de tomber. Ce job était facile. Il étendit ses jambes pour les allonger sur une branche d’arbre avoisinante et croisa les bras derrière sa tête pour attendre. À Miami, Richard Hollingsworth raccrocha après son appel à Bosco et sourit. Bientôt toutes les questions en suspens du passé seraient réglées. Il l’avait cherchée pendant trois longues années. Cette pétasse de journaliste d’investigation fouineuse n’avait eu de cesse de fouiller, jusqu’à découvrir sa vie secrète et à le forcer à se cacher. Il avait compris qu’elle était sur sa piste juste à temps avant d’être arrêté et envoyé en prison à perpétuité ou, pire, pendu pour trahison.

Il aurait bientôt sa vengeance. Un coup frappé à la porte de sa chambre d’hôtel attira son attention. Alors qu’il ouvrait la porte, il se retrouva enlacé par un homme immense, son meilleur ami depuis de nombreuses années. — Noah Steele ! Je suis tellement content de te voir mon frère, l’accueillit Richard. Chapitre 1 Cinq ans plus tôt — Maman ! Je ne trouve pas mes lunettes de soleil ! cria Brianna depuis sa chambre. Diana s’arrêta au pas de sa porte. — Elles sont sur ta tête Brianna. Elle porta immédiatement les mains sur sa tête. Elle sourit tristement en les trouvant là. — Oh ! Elles sont là. — Détends-toi ma chérie. Ton père s’est assuré que tu sois sous bonne garde pendant ton voyage. Tu seras entourée des meilleurs soldats de notre armée. Diana essaya de rassurer Brianna, même si au fond d’elle, le choix de sa fille ne lui plaisait pas vraiment. — Je sais, dit-elle en se laissant tomber sur son lit.

C’est juste que cela va être un gros changement. Je ne pourrai pas aller dans un magasin pour chercher ce dont j’ai besoin, je ne vais pas pouvoir commander à manger. Je vais laisser derrière moi tellement de choses que je tiens pour acquises maintenant. — C’est sûr que ça va te changer, acquiesça Diana en s’asseyant près de sa fille. Evan, le père de Brianna, arriva à la chambre et s’appuya au chambranle pour observer sa fille aînée. Il se souvenait encore de sa naissance comme si c’était hier. En repensant à ces derniers mois, il était épaté par le pouvoir de persuasion qu’elle avait réussi à exercer sur lui. Elle était parvenue à le convaincre que sa vocation était le journalisme d’investigation et qu’elle devait se rendre au Moyen-Orient. Evan et Dianna Tate possédaient une chaîne d’hôtels de luxe à travers tous les États-Unis. Leur maison et le siège social de leur entreprise se trouvaient dans la région d’Atlanta, mais Evan se rendait régulièrement à Washington DC pour conclure des contrats pour ses hôtels, négocier des tarifs et maintenir les accréditations de sécurité pour ses hôtels recevant des VIP. Au cours de ces rendezvous, il s’était lié d’amitié avec des personnes ayant des contacts dans toutes les branches possibles du gouvernement. Lorsque Brianna lui avait parlé pour la première fois de sa demande d’accréditation spéciale afin d’interviewer les membres de l’unité d’élite Delta Force de l’armée dans une base fantôme du Moyen-Orient, Evan avait craint qu’elle n’ait pris une décision immature et irréfléchie. Mais en l’observant préparer ses bagages, en cochant des éléments de sa liste avant de revérifier, il vit toute la maturité d’une jeune femme déterminée. Mais il restait son père et s’inquiétait pour la sécurité de sa fille. — Ne me fais pas regretter tout ceci jeune fille, l’avertit-il.

— Jamais papa, répondit-elle avec un sourire éblouissant. C’est le voyage et la chance de ma vie ! — Je n’arrive pas à croire que tu partes dans une semaine. Et pour six semaines, se plaignit Evan. — Cela va passer très vite et je serai de retour avant même que tu t’en rendes compte. Je te le promets, répondit Brianna d’un ton assuré, même si elle cachait ses propres inquiétudes à l’idée de quitter le confort et la sécurité de sa vie. À vingt-deux ans, elle avait récemment obtenu un double diplôme en Communication et Journalisme et avait de grandes ambitions pour sa future carrière. Pendant l’université, Brianna s’était donnée pleinement dans ses études. Elle avait suivi des cours supplémentaires et s’était surpassée afin de pouvoir entrer dans la vie active et commencer à vivre le plus tôt possible. Se servir de cette mission comme lancement pour sa carrière était un pari, mais elle était persuadée que c’était exactement ce qu’il lui fallait. L’excitation de l’histoire, partir sur le terrain et se rendre au cœur des événements… Elle savait que c’était sa vocation. Le lendemain soir, les sœurs de Brianna, Missy, Jessie et Ashley, avaient organisé une fête de départ-surprise afin de célébrer sa première mission et son premier travail en free-lance depuis l’obtention de son diplôme. Missy venait tout juste d’avoir vingt-et-un ans et était la plus proche de Brianna de toutes les manières possibles. Elles avaient grandi avec à peine deux ans d’écart et avaient donc tout partagé, les vêtements, les jouets, puis les garçons. Missy avait pour mission d’amener Brianna à la fête sans qu’elle découvre la surprise. — Prépare-toi, frangine ! Je t’emmène boire un verre ou dix ! On doit passer du bon temps entre sœurs avant que tu t’envoles pour ce fichu désert, l’interpella Missy en débarquant dans la chambre de Brianna.

Tu vas me priver de six semaines avec toi, alors tu dois te rattraper ce soir. — D’accord, mais je viens seulement parce que je sais que tu ne me laisseras pas tranquille autrement, répondit Brianna en souriant. — Tu me connais par cœur. Une fois en voiture, Missy et Brianna bavardèrent joyeusement jusqu’à leur destination. Brianna était tout excitée en arrivant dans leur bar préféré. Elle discutait avec tellement d’entrain de sa mission à venir avec Missy, qu’elle ne remarqua même pas toutes les personnes réunies pour venir lui dire au revoir. — Surprise, crièrent-ils tous à l’unisson. Brianna fit un bond et lâcha un cri, avant de couvrir sa bouche de sa main. Elle avait les yeux écarquillés et était sous le choc et sans voix. Missy passa son bras autour des épaules de Brianna et se pencha vers elle pour lui glisser : — Alors, j’ai été bonne sur ce coup-là ou pas ? Brianna hocha la tête avant de répondre. — Tu as été très bonne. Je n’ai rien soupçonné ! Lorsqu’elle retrouva enfin l’usage de ses pieds, elle fit le tour de la pièce pour saluer chaque personne individuellement. Presque toutes les personnes qu’elle connaissait étaient réunies pour lui souhaiter un bon voyage. La fête battait son plein, la piste de dance ne désemplissait pas et les boissons coulaient à flots. À la fin de la soirée, Brianna avait perdu le compte du nombre de verres qu’elle avait pu offrir à Missy pour la remercier.

Lorsqu’Evan vint la rejoindre, son regard trahissait toute son inquiétude concernant son départ. Il lui tendit les bras et elle vint se lover contre lui pour une dernière dance père-fille avant la fermeture du bar. Alors qu’elle se balançait lentement dans les bras de son père, Brianna se sentit à nouveau comme une petite fille. Elle ne pouvait pas s’imaginer ne pas l’avoir auprès d’elle au quotidien, mais son désir d’indépendance était plus fort que tout. Elle ne pouvait passer outre ni y résister. De bonne heure un matin de la semaine suivante, Evan et Diana conduisirent Brianna jusqu’à un aéroport militaire sécurisé. Les larmes aux yeux, Diana serra sa fille contre elle un peu plus longtemps que pour un au revoir normal. — Je sais que tu seras entre de bonnes mains, mais ce ne seront pas les miennes, lui dit-elle en la relâchant et en s’essuyant les yeux. — Ne t’inquiète pas maman, lui dit Brianna en souriant pour la rassurer. Je suis une adulte maintenant. Je peux prendre soin de moi. — Peu importe, ton âge jeune fille, tu resteras toujours mon bébé, répondit Diana. Ne va pas te promener seule. Reste avec tes escortes. Fais attention.

Ne fais rien d’idiot. Brianna hocha la tête en gloussant. — Tu m’as déjà dit tout cela au moins une cinquantaine de fois rien que ce matin et le soleil n’est pas encore levé. Ce n’est pas comme si j’avais vraiment le choix, mais je resterai près de mon escorte militaire et je n’irai pas me promener seule. Je serai de retour dans un rien de temps. Diana s’essuya à nouveau les yeux et inspira difficilement en regardant les soldats commencer à embarquer à bord de l’énorme avion militaire. Evan s’avança et prit Brianna dans ses bras pour un gros câlin avant de murmurer à son oreille. — Reviens en un seul morceau. Je t’aime, ma chérie. — Je t’aime aussi papa, répondit-elle la voix pleine d’émotions. Je ferais mieux d’y aller maintenant. La relâchant, Evan et Diana la regardèrent monter à bord de l’avion-cargo militaire C-17 quittant la région d’Atlanta à destination d’une base fantôme au Moyen-Orient. Evan sentit la crainte l’envahir. Il s’inquiétait déjà suffisamment pour ses filles en temps normal, mais le fait de ne pas savoir exactement où se trouverait Brianna pendant les six prochaines semaines le faisait souffrir physiquement. Lorsque Brianna embarqua à bord de l’avion, elle sut immédiatement que sa vie aisée et confortable prenait immédiatement fin.

Son respect pour les hommes et les femmes engagés dans l’armée fut encore renforcé. Elle décida de se baser sur ce sentiment et de le diffuser aussi largement que possible, dans tous les journaux qui accepteraient son papier. Ignorant le mal de tête qui risquait de rendre son voyage plus difficile, elle sortit son carnet et commença à prendre des notes sur les sujets qu’elle souhaitait couvrir. Les opérateurs de la Delta Force étant considérés comme tellement secrets que même le gouvernement ne reconnaissait pas leur existence, elle ne devait son accréditation qu’au fait que le contact de son père au sein du Département de la défense était lui-même un ex-militaire de la Delta Force qui voulait que cette équipe reçoive les mérites qui lui étaient dus. Il lui avait déjà fourni une liste de sujets ne pouvant être abordée avec des civiles. Elle savait que si elle posait des questions sur quoi que ce soit de classé secret, personne ne lui répondrait. Il cherchait juste à lui éviter de petits désagréments et la frustration pour l’aider à démarrer du bon pied. Elle s’installa dans le siège inconfortable pour ce vol de vingt-quatre heures et inséra les bouchons d’oreille qu’elle avait glissés dans sa poche. Elle savait que ces avions étaient connus pour être bruyants et avait déjà fait quelques recherches sur les meilleurs moyens de survivre à ce très long vol. Bon nombre des sièges avaient été enlevés pour laisser la place à la cargaison à livrer, ce qui permettait à la vingtaine de personnes présentes à bord de se répartir. Certains avaient amené des matelas gonflables et des sacs de couchage pour passer le temps plus facilement après le décollage. Brianna était trop concentrée sur sa propre mission et l’accueil que recevrait son article au retour pour s’endormir. Elle réfléchit à ce que le public voudrait savoir de l’équipe. Elle souhaitait leur rendre l’hommage qui leur était dû pour leurs compétences, la formation intensive qu’ils avaient dû suivre et les manières improvisées qui leur permettaient de garder leurs compétences au plus haut niveau. Elle prévoyait de décrire les conditions tout sauf enviables dans lesquelles ils vivaient si loin de chez eux et le manque de confort quotidien que la plupart des gens prenaient pour acquis.

Mais plus que tout, elle voulait que son article rappelle à tous les lecteurs que, à la fin de la journée, ces soldats aguerris sont avant tout des hommes. Que le courage ne veut pas dire l’absence de peur, mais plutôt qu’ils passaient outre la peur pour poursuivre leur mission. Elle voulait rappeler qu’ils avaient des rêves et des vies en dehors de l’armée. Qu’ils avaient des familles, des femmes, des petites amies et des amis qu’ils ne pouvaient voir pendant de longues périodes. Lorsque l’avion atteignit son altitude de croisière, plusieurs personnes s’installèrent des lits improvisés sur le sol de l’avion et se mirent à l’aise. Impatiente de commencer, Brianna envisagea brièvement de changer de siège pour aller discuter avec les militaires qui se trouvaient à bord de l’avion avec elle, mais elle changea d’avis lorsqu’elle se rendit compte que le bruit des moteurs ne permettrait pas d’entretenir de longues conversations

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